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April 21, 2018, 7:44 pm

Voilà. Presque 4 mois de lecture et je suis arrivée au bout de ma lecture du dernier roman de Paul Auster, "4 3 2 1". C'est sûrement la première fois que je mets autant de temps pour lire un roman, même "Guerre et paix" avait été expédié plus rapidement.
J'avais mis la barre un peu haut en l'achetant en anglais. Moitié par radinerie (vous vous rendez compte qu'il coûtait 20€ de moins en VO ?!), moitié par défi. Trop longtemps que je n'avais pas lu dans la langue de Shakespeare (ça remonte au dernier tome de Harry Potter, la série d'origine, pas la daube théâtrale qui est sortie par la suite). 1070 pages en anglais, "easy-peasy" me suis-je dit, moi qui regarde toutes mes séries en VO parfois même non sous-titrées.

Alors oui, j'en ai bavé. 4 mois de quasi torture pour moi qui lis vite, qui survole les lignes, qui lis en diagonale. Là, les réflexes de lectrice étaient différents, je lisais et déchiffrais chaque mot. Chaque. Mot. J'ai bien tenté d'accélérer le tempo mais j'étais trop crevée, je crois et puis ce texte, disons-le tout de suite, ce doit déjà être quelque chose à lire en français, du fait de sa structure-même.

Imaginez un peu. On nous raconte la vie d'un personnage, Archie Ferguson, un jeune juif américain, de sa naissance aux débuts de sa vie d'adulte et en imaginant quatre parcours différents, en fonction de aléas de son existence, de ses parents, de ses choix d'étude, etc. Et les chapitres s'enchaînent ainsi, chapitre 1 multiplié par 4 (1.1, 1.2, 1.3, 1.4) et on continue ainsi tout le long du roman, sautant d'une version d'Archie à une autre, ne sachant plus qui est cet Archie : la version 1 ou la 3 ? C'est la version où son père est mort ou pas ? Ou plutôt celle où ses parents divorcent ? Ceci est d'autant plus difficile que les versions d'Archie ne sont pas si différentes les unes des autres, il rencontre notamment les mêmes personnes mais avec lesquelles il noue des liens différents.
Cela demande une certaine concentration et je pense qu'on apprécie plus l'exercice de style si l'on peut lire un sous-chapitre en entier à chaque session (ce qui m'est arrivé sur la fin). Cela n'a pas été mon cas, pas de temps, pas d'énergie, même pas envie, parfois (alors que j'avais 12h d'avion pour aller en Chine!). Alors j'en ai bavé.

Mais je me suis accrochée, bien décidée à ne pas céder à la facilité de l'acheter en français, par une sorte de fierté de lectrice mal placée. Et bien m'en a pris car j'ai aussi découvert un vocabulaire foisonnant, précis, complexe... J'ai l'impression d'avoir enfin touché du doigt la véritable écriture de Paul Auster qui bénéficie pourtant d'excellentes traductions françaises. J'ai eu l'occasion, pendant ma lecture de galérienne, d'en lire quelques pages en français (une collègue l'a lu, elle, dans l'avion pour la Chine) et ma version en VO m'a semblée plus riche et la version traduite plus plate. Ou alors peut-être que c'est encore ma fierté de lectrice mal placée.

Alors, arrivée à la dernière page, qu'en dire ? Ce livre m'a transportée, malgré la difficulté, comme souvent avec Paul Auster. Ses thèmes de prédilection, ses marottes, de tous petits détails qui me parlent profondément, j'ai souvent l'impression que ses livres ont été écrits pour moi, voire même parfois qu'ils sont ceux que j'aurais aimé écrire, que je portais en moi. Je ne serai jamais aussi douée que lui alors je vais continuer à me régaler de ses romans étranges, plein d'histoires dans l'histoire, voire même comme ici, d'Histoire avec un grand H. Auster sait raconter, il a un certain génie pour ça, poussé ici à son paroxysme.

J'ai refermé mon pavé tout corné à la fois avec la fierté d'en être arrivée au bout, uen sorte de soulagement de pouvoir passer à autre chose mais surtout avec un blues terrible de devoir quitter ces personnages, ces Archie version 1, 2, 3 ou 4, qu'importe, ils étaient tous intéressants et auraient tous pû faire l'objet d'un roman de 1000 pages chacun.
J'ai été un tout petit peu déçue par la pirouette de fin, un peu "facile" de la part de mon auteur favori mais ne soyons pas bégueule, il aura encore une fois la palme de mes lectures favorites de l'année.

Maintenant, il faut passer à autre chose. Ceci dit, je relirai "4 3 2 1" un jour, en français sûrement, histoire de voir si j'en ai bien saisi tout l'esprit. Je le pense mais j'aime bien vérifier. Fierté de lectrice mal placée, sans doute.

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