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03
Mar
March 3, 2018, 11:02 am

« Quand une femme devient indifférente, vous saurez que vous l'avez perdue. Là, il n'y a ni colère, ni haine, ni amour surtout. Quand l'indifférence s'installe, plus de retour pas de regrets. Le contraire de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence.»
-- Fiodor Dostoïevski

Au hasard de lectures en diagonale sur mon compte chez l'oiseau bleu, je tombe ce matin sur cette citation et c'est comme une gifle, là, devant mon ordi, une tasse à la main, que je m'empresse de poser car j'ai peur de la lâcher. L'évidence me saute aux yeux : cette femme, c'est moi.

Je n'aime plus, je crois. Je pense même que ça fait plusieurs années. Ni colère, ni haine, c'est vrai aussi. Et même de la tristesse et de la compassion parce que si c'est vrai (que je ne l'aime plus), je n'ai pas envie de faire mal à cet homme dont je partage la vie depuis plus de la moitié de mon existence et avec lequel je m'entends bien, malgré tout.

Que faire ? Déballer mes états d'âme et risquer de tout casser, de faire mal ? Continuer à me taire et laisser les non-dits me ronger tranquillement de l'intérieur en faisant semblant ?

En posant ces mots sur cette page ce matin, je me rends compte de deux choses. D'abord, je suis trop entière sans doute. Tout blanc ou tout noir mais je n'envisage pas de voie intermédiaire, ce qui est très souvent comme ça dans ma vie. En existe-t-il une, seulement ? Je n'ai même pas cherché... Deuxièmement, à bien regarder les termes du dilemme tels que je viens de les écrire, il n'y a pas photo : faire semblant, je ne suis pas douée du tout et je ne tiens pas particulièrement à me laisser bouffer la vie plus que ça ne l'a été ces dernières années. Le mot qui ferait pencher la balance en faveur du grand déballage est "risquer". "Je risque de tout casser", ce n'est pas "je vais tout casser". Il y a une chance que je ne casse rien ou pas grand chose, que les choses évoluent différemment. D'ailleurs, je ne suis pas tout à fait sûre que cet amour ait complètement disparu. Ceci dit, plus le temps passe, plus je m'en persuade.

Vivre avec quelqu'un qui ne se livre jamais, qui ne montre ni n'exprime jamais ses sentiments, c'est compliqué. J'ai réussi à tenir ce que j'ai pu mais moi, je suis exubérante, j'ai besoin de manifestations, de gestes, de mots, même, tout simplement.

Vivre avec quelqu'un qu'on connaît depuis qu'on est ado, c'est compliqué aussi parce qu'on ne connaît par coeur. Un geste, un regard suffisent parfois à se comprendre. Enfin, suffisaient. J'ai l'impression d'avoir perdu la connexion.

Beaucoup d'incertitudes, donc. J'ai l'impression, je crois, je pense. Ca me ronge. Moi, j'aime savoir. J'aime être sûre.

Un pas en avant, un pas en arrière. Je pensais que ça irait mieux en le disant comme dans le courrier des lecteurs de Télérama, mais non.

Les limites de l'auto-analyse. Pas merci Fiodor.

20
Feb
February 20, 2018, 4:09 pm

En marchant sur cette plage déserte, les yeux entre le sable humide de la marée descendante et l'horizon plus que bouché, je me suis dit qu'il serait très facile de disparaître, là, maintenant. Il suffirait d'entrer dans l'océan glacial et de marcher droit devant jusqu'à ne plus pouvoir respirer.

La corne de brume avait résonné toute la journée sur Saint-Malo, on ne voyait pas Dinard de l'autre côté et de la plage, même les murs de la cité corsaire étaient flous, le haut des clochers carrément dans le brouillard.

Il y avait peu de monde, la météo ne se prêtait guère au tourisme, il faut dire. Entre les rafales de vent, la bruine, voire le crachin et l'horizon bouché, les remparts étaient quasi déserts et sur le sable en contrebas, à peine ai-je été dépassée par deux ou trois coureurs aux couleurs vives.

J'ai donc marché longtemps sur cette plage, à réfléchir au devenir de ma vie, à mes états d'âme à peu près aussi tourmentés que le temps de ce lundi de février en Bretagne, à la possibilité d'entrer dans l'eau pour ne plus en sortir, à tous les chouettes moments qu'il me restait sûrement à vivre, aux autres voyages (en solitaire ou non), aux questions qu'il ne vaut mieux pas se poser.

L'océan me manque quand il n'est pas là. Sa rumeur sourde, les cris des oiseaux, le reflux de la marée, les vagues qui lèchent les rochers, la meilleure berceuse qui soit, celle qui m'apaise. Et je ne parle pas du regard posé sur les flots aux couleurs toujours changeantes, jamais les mêmes mais dont le mouvement hypnotique se reproduit sans cesse. Le mer est mon plus sûr antidépresseur naturel (oui, je vois très bien la contradiction avec le premier paragraphe de cette note !). Dommage que j'en sois si loin dans ma vie quotidienne. Un jour viendra sans doute où je me rapprocherai de cette région chère à mon coeur.

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